Dossier mis à jour au 1er janvier 2026 selon les dispositions du Code Général des Impôts (CGI 2026). Vérifié par la rédaction de Fiscalité Maroc.
Le calcul de l'impôt sur les sociétés au Maroc ne se limite pas à multiplier un bénéfice par un taux : il exige de reconstituer une base imposable propre, la liasse fiscale, puis de vérifier que le résultat obtenu ne descend pas sous un plancher minimal. Ce guide déroule la méthode en trois étapes, fondée sur les articles 19-I et 144 du Code général des impôts.
Pour appliquer directement cette méthode à votre société, utilisez le simulateur IS Maroc 2026.
Vue d'ensemble : les 3 étapes du calcul de l'IS
Trois opérations distinctes, réalisées dans l'ordre, permettent d'obtenir l'impôt réellement exigible :
- déterminer le résultat fiscal de l'exercice, base de calcul de l'impôt ;
- appliquer le taux d'IS correspondant à la situation de la société ;
- comparer ce montant à la cotisation minimale, calculée séparément, et retenir le plus élevé des deux.
Cette troisième étape est celle que beaucoup de calculs approximatifs omettent, alors qu'elle peut, dans certains cas, déterminer entièrement le montant réellement dû.
Étape 1 : déterminer le résultat fiscal
Le résultat fiscal ne se confond pas avec le résultat comptable. Il s'obtient en partant du bénéfice ou de la perte comptable de l'exercice, puis en y réintégrant les charges non déductibles fiscalement (amendes, charges non justifiées, dépassements de seuils réglementaires) et en en déduisant les produits non imposables ainsi que les déficits reportables des exercices antérieurs. Ce retraitement, souvent qualifié de « passage du comptable au fiscal », fait l'objet d'un guide dédié : calcul du résultat fiscal.
Étape 2 : appliquer le taux d'IS
Une fois le résultat fiscal déterminé, il faut identifier le taux applicable à la société, fixé par l'article 19-I du CGI : 20 % pour la majorité des sociétés de droit commun, 35 % au-delà de 100 millions de dirhams de bénéfice net fiscal, ou 40 % pour les établissements de crédit et les entreprises d'assurances et de réassurance. Le détail complet du barème 2026 et de ses cas particuliers figure dans le guide taux de l'IS 2026.
IS théorique = Résultat fiscal × taux applicable
Étape 3 : comparer à la cotisation minimale
L'IS théorique obtenu à l'étape 2 doit ensuite être comparé à la cotisation minimale, calculée sur une base totalement différente : les produits d'exploitation, les produits financiers et les subventions ou dons reçus, au taux de 0,25 % (ou 0,15 % pour certains produits de base), avec un plancher de 3 000 DH (art. 144 du CGI). Le détail de ce calcul est expliqué dans le guide cotisation minimale 2026.
L'impôt exigible est le plus élevé des deux montants. Une société peut ainsi être déficitaire sur le plan fiscal — IS théorique nul — tout en restant redevable de la cotisation minimale, qui ne dépend jamais du résultat.
Exemple chiffré
Une société de droit commun réalise un résultat fiscal de 2 000 000 DH, pour un chiffre d'affaires et des produits financiers totalisant 15 000 000 DH (base de la cotisation minimale).
| IS théorique 2 000 000 × 20 % (art. 19-I) | 400 000,00 |
| Cotisation minimale 15 000 000 × 0,25 % (art. 144) | 37 500,00 |
| IS exigible le plus élevé des deux | 400 000,00 |
Ici, l'IS théorique dépasse largement la cotisation minimale : c'est donc lui qui est exigible. L'écart se serait inversé si le résultat fiscal avait été proche de zéro tout en conservant un chiffre d'affaires élevé — configuration fréquente pour une société en phase d'investissement ou traversant un exercice difficile.
Schéma récapitulatif
| 1. Résultat comptable + réintégrations − déductions art. 8 à 12 | = Résultat fiscal |
| 2. Résultat fiscal × taux (20 %, 35 % ou 40 %) art. 19-I | = IS théorique |
| 3. Base CM × 0,25 % ou 0,15 %, plancher 3 000 DH art. 144 | = Cotisation minimale |
| 4. Le plus élevé de (2) et (3) | = IS exigible |
Une fois l'IS exigible connu, il reste à anticiper son paiement : celui-ci s'effectue par quatre acomptes provisionnels, calculés sur l'impôt de l'exercice précédent et détaillés dans le guide acomptes provisionnels de l'IS.
Pourquoi cette méthode en trois étapes plutôt qu'un calcul direct ?
Un calcul qui se limiterait à appliquer un taux au bénéfice comptable serait à la fois inexact et incomplet. Inexact, parce que le bénéfice comptable n'est pas la base légale de l'impôt : seul le résultat fiscal, retraité selon les règles des articles 8 à 12 du CGI, sert de base au calcul. Incomplet, parce qu'il ignorerait le mécanisme du plancher : une société en résultat fiscal nul ou négatif resterait, à tort, considérée comme non redevable de tout impôt, alors que la cotisation minimale continue de s'appliquer dans l'immense majorité des cas. C'est précisément pour éviter ces deux écueils que la méthode impose de traiter systématiquement les trois étapes, y compris lorsque le résultat semble à première vue ne générer aucun impôt.
Cette rigueur méthodologique est particulièrement utile pour les sociétés en phase de croissance ou d'investissement, dont le résultat fiscal peut rester faible ou négatif pendant plusieurs exercices alors que leur chiffre d'affaires progresse déjà fortement : ce sont exactement les profils où la cotisation minimale, assise sur les produits et non sur le résultat, prend le pas sur l'IS théorique.