Comment se calcule l'impôt de l'auto-entrepreneur au Maroc ?
Le calcul ne part pas d'un bénéfice. Il n'y a ni charges à déduire, ni amortissements, ni justificatifs de dépenses à produire : l'assiette est le chiffre d'affaires encaissé dans l'année, auquel s'applique directement un taux forfaitaire fixé par l'article 73-III du CGI. Ce taux vaut 0,5 % pour les activités commerciales, industrielles et artisanales, et 1 % pour les prestations de services. C'est la seule différence de traitement entre les deux catégories, avec le plafond de chiffre d'affaires qui conditionne l'accès au régime.
Deux précisions font toute la différence à l'usage. La première : ce qui compte est l'encaissement, pas la facturation. Une facture émise en décembre et réglée en février n'entre pas dans le chiffre d'affaires de l'année où elle a été émise. La seconde : l'impôt forfaitaire n'est pas le montant total à payer. Il faut lui ajouter le droit complémentaire, et tenir compte, le cas échéant, de la retenue à la source déjà opérée par un client important. Le simulateur ci-dessus enchaîne ces trois étapes dans l'ordre.
Qu'est-ce que le droit complémentaire de l'auto-entrepreneur ?
Le droit complémentaire est un montant fixe qui s'ajoute à l'impôt forfaitaire. Il ne se calcule pas en pourcentage : l'article 73-II-B-6° du CGI répartit les contribuables en tranches selon le montant d'impôt forfaitaire qu'ils doivent, et attache à chaque tranche un montant annuel, ainsi qu'un montant trimestriel pour ceux qui déclarent tous les trois mois.
Sa conséquence pratique est contre-intuitive : le droit complémentaire pèse d'autant plus lourd, relativement, que le chiffre d'affaires est faible. Sur un petit chiffre d'affaires, il représente l'essentiel de ce qui est dû, l'impôt forfaitaire ne pesant que quelques centaines de dirhams. C'est pourquoi le taux effectif affiché par le simulateur peut sembler élevé sur les premiers dirhams encaissés, alors même que le taux nominal n'est que de 0,5 % ou 1 %.
Que se passe-t-il si un seul client me verse plus de 80 000 DH ?
Au-delà de 80 000 DH facturés à un même client sur l'année, le régime change de mécanique pour la part excédentaire. Celle-ci ne relève plus du taux forfaitaire mais d'une retenue à la source de 30 %, prévue à l'article 73-II-G-8° du CGI et commentée par la note circulaire n° 733 accompagnant la loi de finances 2023. Cette retenue est opérée par le client lui-même, qui la verse au Trésor : elle ne transite pas par vous.
Le point à retenir est que la part ainsi retenue sort de la base soumise au taux forfaitaire. Le même dirham n'est jamais imposé deux fois. Le seuil s'apprécie client par client : trois clients à 70 000 DH chacun ne déclenchent rien, un client unique à 150 000 DH déclenche la retenue sur 70 000 DH. Le simulateur ne demande donc que le chiffre d'affaires réalisé avec votre plus gros client, et masque ce champ pour les activités commerciales, que la mesure ne concerne pas.
Quand et comment déclarer son chiffre d'affaires ?
La déclaration se fait auprès de l'organisme gestionnaire du registre national de l'auto-entrepreneur, selon une périodicité que vous choisissez : mensuelle ou trimestrielle. C'est ce choix qui détermine le rythme de vos versements, et le tableau de l'article 73-II-B-6° prévoit d'ailleurs, pour chaque tranche, un montant de droit complémentaire annuel et un montant trimestriel correspondant.
Le versement porte sur l'impôt forfaitaire calculé sur le chiffre d'affaires de la période, auquel s'ajoute le droit complémentaire. La part déjà retenue à la source par un client important n'a pas à être versée de nouveau : votre client s'en est chargé. Le simulateur affiche le montant du versement correspondant à la périodicité que vous sélectionnez.
Les dates limites de dépôt et les modalités pratiques d'inscription au registre national ne sont pas couvertes ici. Elles relèvent de l'organisme gestionnaire et des textes d'application, et non du calcul de l'impôt.
Exemple chiffré : 170 000 DH de prestations, dont 95 000 DH pour un seul client
Cet exemple reprend le cas traité par la note circulaire n° 733. Un prestataire de services encaisse 170 000 DH sur l'année, dont 95 000 DH auprès d'un client unique. Il reste sous le plafond de 200 000 DH applicable aux services, donc dans le régime.
Comme un seul client lui a versé plus de 80 000 DH, la part excédentaire — soit 15 000 DH — est retenue à la source à 30 %, ce qui représente 4 500 DH prélevés par le client. Ces 15 000 DH quittent la base soumise au taux forfaitaire, qui tombe à 155 000 DH. Le taux de 1 % donne alors 1 550 DH d'impôt forfaitaire. Ce montant détermine la tranche du droit complémentaire, qui s'établit à 2 280 DH pour l'année.
| Chiffre d'affaires encaissé | 170 000,00 |
| Part au-delà de 80 000 DH chez un même client 95 000 − 80 000 | 15 000,00 |
| Retenue à la source 30 % de 15 000 (art. 73-II-G-8°) | 4 500,00 |
| Base soumise au taux forfaitaire 170 000 − 15 000 | 155 000,00 |
| Impôt forfaitaire 1 % de 155 000 (art. 73-III) | 1 550,00 |
| Droit complémentaire annuel (art. 73-II-B-6°) | 2 280,00 |
| Total supporté sur l'année | 8 330,00 |
Sur ces 8 330 DH, 4 500 DH ont déjà été prélevés par le client et ne sont pas à verser : restent 3 830 DH à acquitter par le contribuable lui-même. Le taux effectif ressort à 4,90 % du chiffre d'affaires, très au-dessus du taux nominal de 1 % — l'écart vient presque entièrement de la retenue à la source et du droit complémentaire.
Ce régime est-il le bon pour vous ?
Le régime de l'auto-entrepreneur n'est qu'une des façons d'être imposé au Maroc. Si vous êtes salarié, votre impôt suit le barème progressif et se calcule tout autrement : le simulateur de l'impôt sur le revenu traite ce cas, frais professionnels et cotisations sociales compris. Le cadre légal de l'impôt sur le revenu expose les six catégories de revenus et situe le régime de l'auto-entrepreneur parmi les autres régimes professionnels, dont la contribution professionnelle unique.
Deux impôts restent en dehors de ce calcul et méritent d'être vérifiés séparément : la TVA, dont les seuils de franchise obéissent à leurs propres règles, et la taxe professionnelle, dont toute activité nouvellement créée est exonérée pendant cinq ans.
Sources. Code général des impôts 2026 : article 42 bis (conditions d'accès au régime et plafonds de chiffre d'affaires), article 42 ter (perte du régime en cas de dépassement répété), article 73-III (taux forfaitaires de 0,5 % et 1 %), article 73-II-B-6° (droit complémentaire par tranche) et article 73-II-G-8° (retenue à la source de 30 % au-delà de 80 000 DH par client) ; note circulaire n° 733 relative à la loi de finances 2023, pour l'articulation entre la retenue à la source et la base forfaitaire. Les textes sont paraphrasés, jamais reproduits.
Pages liées
- Simulateur IR 2026 Votre impôt et votre salaire net à partir du brut mensuel
- Impôt sur le revenu Barème 2026, six catégories de revenus, régimes CPU et auto-entrepreneur
- TVA Deux taux seulement depuis 2026 : 20 % et 10 %
- Taxe professionnelle 10, 20 ou 30 % — exonérée pendant 5 ans
- Impôt sur les sociétés 20 %, 35 % ou 40 % selon le bénéfice net fiscal