Dossier mis à jour au 1er janvier 2026 selon les dispositions du Code Général des Impôts (CGI 2026). Vérifié par la rédaction de Fiscalité Maroc.
Calculer l'impôt sur le revenu d'un salaire marocain suppose d'enchaîner cinq opérations précises, fondées sur les articles 56, 58, 59, 73-I et 74 du Code général des impôts. Ce guide détaille chaque étape séparément, du salaire brut à l'impôt net dû.
Pour appliquer directement cette formule à votre situation, utilisez le simulateur de calcul de l'IR sur salaire.
Étape 1 : salaire brut → salaire brut imposable
Le point de départ n'est pas le salaire brut contractuel mais le salaire brut imposable, obtenu après avoir retiré les éléments expressément exonérés par l'article 57 du CGI : allocations familiales, indemnités de fonction justifiées, pensions alimentaires, part patronale des cotisations de retraite et de sécurité sociale, indemnités journalières de maladie et de maternité, indemnités de licenciement dans la limite d'un million de dirhams, ou encore bourses d'études. Pour la grande majorité des salariés sans avantage particulier, le salaire brut imposable coïncide avec le salaire brut versé.
Cette distinction devient importante dès qu'un élément de rémunération sort du cadre du salaire courant : une indemnité de départ, une prime exceptionnelle liée à un événement familial, ou un remboursement de frais réellement engagés pour le compte de l'employeur (déplacement professionnel, par exemple) peuvent être totalement ou partiellement exclus du salaire brut imposable, alors qu'ils figurent bien dans la rémunération brute totale versée au salarié. Ne pas opérer ce tri en amont revient à intégrer au calcul de l'IR des sommes qui ne devraient jamais y entrer.
Étape 2 : les déductions
Trois familles de déductions viennent ensuite réduire cette base :
Les frais professionnels
Abattement forfaitaire de 35 % (revenu brut annuel imposable ≤ 78 000 DH) ou 25 % (au-delà), plafonné à 35 000 DH par an (art. 59-I-A du CGI). Le détail complet figure dans le guide frais professionnels 2026.
Les cotisations sociales obligatoires
La part salariale de la CNSS (prestations à long terme et à court terme), assise sur un salaire plafonné à 6 000 DH par mois, ainsi que la cotisation AMO, calculée sur le salaire brut sans plafond. Ces taux relèvent de la réglementation de la Caisse nationale de sécurité sociale, et non du CGI.
La CIMR et l'assurance groupe, le cas échéant
Lorsque l'employeur propose un régime de retraite complémentaire (CIMR) ou une assurance groupe, la part salariale des cotisations correspondantes est également déductible, dans les conditions fixées par le contrat. Contrairement au barème ou aux frais professionnels, ces taux sont contractuels et variables selon l'employeur : aucun pourcentage fixe n'est prévu par le CGI. Un salarié qui ne cotise à aucun de ces deux régimes complémentaires n'a simplement rien à déduire à ce titre — seules les cotisations sociales obligatoires (CNSS, AMO) et les frais professionnels s'appliquent alors.
Il est utile de garder à l'esprit l'ordre dans lequel ces déductions s'articulent : les frais professionnels se calculent sur le revenu brut imposable, indépendamment des cotisations sociales, tandis que ces dernières viennent ensuite en déduction du même revenu brut, sans interaction entre les deux calculs. Il n'y a donc pas lieu de recalculer les frais professionnels après avoir retiré les cotisations : les deux déductions se calculent chacune sur la même base de départ, puis se soustraient l'une et l'autre.
Étape 3 : salaire net imposable
Le salaire net imposable s'obtient par la formule suivante :
Salaire net imposable = Salaire brut imposable − Frais professionnels − Cotisations sociales (CNSS, AMO, CIMR le cas échéant)
C'est ce montant, et seulement lui, qui sera soumis au barème de l'impôt à l'étape suivante. Une confusion fréquente consiste à croire que le salaire net imposable correspond au salaire net réellement perçu par le salarié : ce n'est pas le cas, puisque les frais professionnels ne sont jamais retenus sur la paie. Le salaire net à payer se calcule séparément, en retranchant du salaire brut les seules cotisations sociales et l'IR finalement dû — jamais les frais professionnels, qui ne sont qu'un mécanisme de calcul fiscal.
Étape 4 : application du barème (méthode rapide)
Le revenu net imposable annuel est ensuite soumis au barème progressif de l'article 73-I du CGI. La méthode rapide consiste à repérer la tranche, appliquer son taux au revenu total, puis soustraire la somme à déduire :
| Tranche annuelle (DH) | Taux | Somme à déduire |
|---|---|---|
| 0 – 40 000 | 0 % | — |
| 40 001 – 60 000 | 10 % | 4 000 |
| 60 001 – 80 000 | 20 % | 10 000 |
| 80 001 – 100 000 | 30 % | 18 000 |
| 100 001 – 180 000 | 34 % | 22 000 |
| Au-delà de 180 000 | 37 % | 27 400 |
Pour le détail de la construction de ce barème et de son historique, voir le guide barème IR mensuel et annuel 2026.
Prenons un revenu net imposable de 70 000 DH pour illustrer isolément cette étape : il se situe dans la tranche 60 001 – 80 000 DH, taxée à 20 %, avec une somme à déduire de 10 000 DH. L'IR brut correspondant est donc (70 000 × 20 %) − 10 000 = 14 000 − 10 000 = 4 000 DH. Ce montant de 4 000 DH est bien l'impôt annuel avant toute réduction pour charges de famille — c'est précisément l'objet de l'étape suivante que d'en tenir compte, le cas échéant.
Étape 5 : déduction pour charges de famille
Une fois l'impôt brut obtenu, l'article 74 du CGI permet de retrancher 600 DH par personne à charge (conjoint, enfants), dans la limite de 3 600 DH par an, soit six personnes au maximum. L'impôt final ne peut jamais devenir négatif : si la réduction dépasse l'impôt calculé, celui-ci est simplement ramené à zéro. Le détail des conditions d'éligibilité figure dans le guide déduction pour charges de famille.
Schéma récapitulatif
| 1. Salaire brut imposable art. 56-57 | A |
| 2. − Frais professionnels art. 59-I-A | −B |
| 3. − Cotisations sociales CNSS, AMO, CIMR | −C |
| 4. = Salaire net imposable | A−B−C |
| 5. × taux de la tranche − somme à déduire art. 73-I | = IR brut |
| 6. − Charges de famille art. 74, max 3 600 DH | = IR net dû |
Ce schéma se lit dans un seul sens, sans retour en arrière : chaque ligne consomme le résultat de la ligne précédente. Une erreur commise à l'étape 2 — un taux de frais professionnels mal identifié, par exemple — se propage mécaniquement jusqu'au résultat final, puisque le salaire net imposable, le montant de l'impôt brut et la comparaison avec le plafond des charges de famille en dépendent tous directement. C'est pourquoi il est recommandé de vérifier chaque ligne intermédiaire séparément plutôt que de ne contrôler que le résultat final.
Erreurs fréquentes de calcul
Appliquer le barème au salaire brut plutôt qu'au net imposable est l'erreur la plus courante : elle surestime fortement l'impôt, l'écart entre les deux bases pouvant dépasser 35 000 DH par an pour un salaire moyen une fois cumulées les déductions de l'étape 2.
Oublier le plafond de l'assiette CNSS (6 000 DH par mois, soit 72 000 DH par an) gonfle artificiellement les cotisations déduites pour tout salaire supérieur à ce montant, et minore d'autant l'impôt calculé. Seule l'AMO se calcule sans ce plafond.
Confondre taux marginal et taux effectif conduit à surestimer l'impôt attendu : un revenu net imposable qui atteint la tranche à 34 % ne voit pas la totalité de ce revenu taxée à ce taux, seule la fraction dépassant 100 000 DH l'est.
Enfin, ignorer la déduction pour charges de famille après avoir appliqué le barème conduit à surpayer l'impôt de plusieurs centaines de dirhams par an selon la situation familiale — une erreur d'autant plus dommageable qu'elle intervient en toute dernière étape et est donc facile à oublier une fois le calcul du barème terminé.
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